Quoi de neuf ?

👍TOP! Babillard général de l'oasis

Rapunzel

Grand(e) sage
Inscrit
5/4/19
Messages
590
Réactions
492
J'ressens comme vous.
J'veux juste...faire pareil.
Ça ne sert plus à rien.
C'que je veux faire c'est un meurtre.
Sale pute.
C'est d'ta faute.
P'tite chienne.
C'était toute ma vie.
J'en peux juste plus de toi.
J'veux plus te voir.
En plus je dois te voir tous les jours?
Même la mort ne nous separera pas!
J't'aurais toujours dans mes souvenirs, même morte, pour toute cette merde que t'as créée.
Va te faire brûler. Ou je sais pas...faut faire qqch pour ne plus te voir.
 

Lune35

Éclaireuse
🏴‍☠️Pirate
🛡️Thanos
Inscrit
27/5/19
Messages
492
Réactions
745
Pourquoi n'est-il pas possible de garder, au moins pendant 1 semaine, un avis stable sur moi-même (physiquement) ? 😖😖
 

Bloody Mary

Grand(e) sage
Inscrit
6/6/14
Messages
920
Réactions
88
Tu me manques. Parce que je t'aimais pleinement, comme je n'ai jamais aimé personne. Et je sais combien c'est dur pour moi, d'aimer comme ça, sans avoir à accepter chez l'autre ce qui, je le sais, se transformera cruellement en ennui, en confort au bout d'un moment. En toi j'aimais tout, je t'admirais, je devenais meilleure, je voulais enfin partager ma solitude.
Je pensais mieux, plus loin, plus profondément. C'est sûrement l'une des choses qui me font encore vraiment mal aujourd'hui, de voir que désormais je tourne dans mes pensées sans vrai défi, dans un confort sans confrontations, sans approfondissement. Je n'analyse plus les choses de manière philosophique, je pense les choses bien plus pauvrement, désormais.
Au fond, même les enjeux qui relevaient de nos propres êtres, nous les avons traités si pauvrement, et j'en suis si amère. On aurait dit que nous n'étions plus rien, plus rien qui ne mérite de remuer ciel et terre.
Avant je pensais que si nous étions un jour séparés, je te parlerai, je t'écrirai chaque chose que je pense et que je vis comme si tu demeurais avec moi dans mon regard. Et tu as rendu cela impossible, car nous ne sommes plus liés, nous ne sommes plus les mêmes. Je suis celle qui pleurniche, je suis celle qui t'empêche de faire autre chose de ton temps, et tu es celui qui juge à l'emporte-pièce et garde trop de colère en lui. Donc, je ne sais même plus à qui l'exprimer, mais tu me manques quand je dois accepter les conseils de ceux qui me disent de m'aimer moi-même, tu me manques face aux gens paternalistes qui se disent pragmatiques, tu me manques face aux gens qui disent qu'on est jeunes et que c'est de l'utopie.
Tu me manques quand je me résigne, quand je refuse de pousser plus loin mes idées parce que ça n'intéresse pas les autres, quand je m'empêche de rêver trop fort.
Et aussi, tu me manques quand je pense à toutes les fois où tu n'en avais rien à foutre, où déjà tu ne lisais plus attentivement ce que je t'envoyais, quand tu mettais tout dans le même sac, et quand tu faisais preuve de mauvaise foi. Tu t'es toi-même ôté ta couronne, et je voyais la déception peu à peu se faire, essayant coûte que coûte de la prévenir. Au fond je savais que dès que j'avais cessé de t'admirer, que je te trouvais injuste et ambivalent, c'était déjà fini. À la première insulte, aussi. Mais je m'acharnais, à ce que tu me démontres le contraire, à ne pas perdre ce qui était pour moi la relation qui resterait. J'étais si triste quand tu me décevais, et bien souvent tu ne comprenais pas mes larmes, qui n'étaient que le résultat de l'amer constat que toutes ces déceptions allaient bien finir par m'ôter une part de cet amour.
Car c'était beau, et apaisant, au début, si apaisant que je ne me souviens pas de ce que ça faisait de se sentir si à sa place et si en paix, si apaisant que j'ai l'impression que ce n'est pas moi qui ai vécu tout ça ou que je l'ai rêvé.
Par contraste, mon esprit a aussi chassé les souvenirs de quand tu étais venu dans ma ville, qui paraissent plus proches, mais sont si médiocres. Je me souviens qu'on ne se comprenait plus du tout, que tu n'étais plus captivé par ce que je te disais, que je te trouvais prétentieux. Que tu traitais chaque lieu et chacun de mes mots comme s'il n'était qu'une chose indifférente du quotidien, comme si rien n'était exceptionnel.
Peut-être que si j'avais vu tes dires à la lumière des événements de maintenant, je les aurais trouvés moins consistants, peut-être même insupportables. Car tu m'as tant répété que nous étions en dehors de tout que j'ai eu l'impression plus tard qu'au fond tu avais déjà sorti le même discours, que ce que j'étais en tant que tel ne comptait pas tant, que tous tes mots étaient du vent. Du vent, tes déclarations sincères, tes sentiments immuables, et du vent aussi l'altruisme que tu as su insuffler dans mon cœur. Tu l'as ouvert, tu l'as rendu meilleur, pour mieux le blesser. Je ne comprendrai jamais, peut-être me dirais-tu que tu pensais tout cela, mais alors cela voudrait dire que tu as fini par te lasser de ton propre idéal, et cela m'est si cruel. D'y penser me brise le cœur, car tu étais juste lassé de pleurer avec moi, de sourire avec moi, de voir le monde à travers mes yeux. Mon regard t'a juste lassé.
Je ne sais pas ce que cela va faire quand je vais revenir dans cette rue, dans ce lieu comme une épave. Là où des milliers de révolutions ont eu lieu, qui ne dépasseront jamais l'immatériel de nos esprits. Là aussi où pour la dernière fois ça a été si médiocre, à réfléchir de philosophie comme si nous nous forcions à respecter une habitude, où les discussions paraissaient tomber à côté à chaque fois, me faisant tant de mal. Et tu t'acharnais, refusant de voir la fleur mourir dans sa beauté, les choses dans leur cloche de verre, leur honnêteté et leur grâce.
Tu as tout extrait, toute la substance, jusqu'à ce que ça soit vide et incohérent, jusqu'à ce que j'en vienne à me demander: pourquoi t'ai-je aimé ?
Tu n'en as peut-être rien à faire, car la lente agonie de ce nous a toujours semblé t'être plus acceptable, comme si tu savais au final que la vie n'était que contingences, que médiocrité, et que tu avais juste oublié de me le dire. Tu t'es toujours bien porté dans ta mauvaise foi, m'obligeant à mettre un peu plus de distance à chaque fois, moi qui me damnait pour te donner toutes mes bouffées d'air, qui a essayé de le faire encore même en ayant peu à peu compris que tu ne méritais pas qu'on te donne toute sa vie.
Je ne veux pas vivre dans la lâcheté. Et je pensais que toi non plus tu ne voudrais pas. Je pensais même que tu étais la dernière personne sur terre à vouloir ça.
Et je suis si déçue de voir qui tu es maintenant, et ça fait si mal de se réveiller dans cette réalité où c'est ce toi là qui existe.
Si tu es heureux de tels aveux ou que tu les prends comme une énième remarque, avec légèreté, je ne souffrirai plus vraiment de savoir que notre amour a été une fois de plus déplumé. Nous n'en sommes plus à ça près. Mais si tu peux au moins l'entendre, sache que je t'ai donné ce que je n'aurais donné à personne d'autre, le vrai don de soi, et que j'ai pensé chaque mot que je t'ai dit, même les plus nuls, parce que j'étais excédée de ne plus pouvoir croire qu'à 70 ans on parlerait encore de philo dans notre salon. Je sais qu'avec les autres je ne voudrais pas être fidèle, que je ne voudrais pas être patiente ou complètement vulnérable. Il a fallu que ça soit à toi que je le donne et que tu en fasses ce que tu en as fait. Tout aurait été plus simple si je n'avais pas vraiment été amoureuse de toi, si ça avait été nuancé ou superficiel, si je n'y avais cru qu'à demi, je ne serai pas là où je suis aujourd'hui, et tous tes commentaires débiles sur tes histoires passées ou sur des filles que tu trouvais jolies ne continueraient pas à me transpercer le cœur comme des aiguilles.
Tu as été la chose la plus sincère de ma vie, si tu n'en fais rien tant pis, mais j'aurais aimé que tu puisses faire que 1979 ne soit pas si triste, ou alors, joliment triste.
 
Dernière édition:

Chopstick

Vagabond(e)
Inscrit
19/10/18
Messages
28
Réactions
29
Vous me retrouverez, un jour. Dans un lieu où vous ne vous attendriez jamais à me revoir. À un moment second, où le temps ne compterait plus pour vous. Et je serais différent.

J'accepte ma condition et l'embrasse. Je ne peux rien faire d'autre si ce n'est lui ouvrir mes bras malgré le sentiment d'injustice qui déchiquette chaque fragment de conscience qui repose en moi. Je ne comprends pas pourquoi, et je ne le comprendrais certainement jamais. Mais pour une fois, laisser tomber n'est pas une douleur pour moi. Me dire que "ce n'est pas grave", phrase dont l'écho me rend malade, me rassure. Savoir que mes nuits, à être assis au bord du gouffre et de n'être exposé qu'aux paroles du vide, prennent fin après ces années, même si ça n'est que temporaire et je le sais mieux que personne, m'est d'une consolation innommable. C'est apaisant. Et compense pour une certaine douceur.

Vous me retrouverez, un jour.
Et je reviendrais vers vous.


« Parched land, no desert sand, the sun is just a dot
And a little bit of water goes a long way 'cause it's hot
Three good buddies were laughin’ and smokin’
In the back of a rented Ford
They couldn't know they weren't going far »
 

Errailleurs

Initié(e)
Inscrit
10/2/19
Messages
320
Réactions
210
J'avais plus de recule que toi sur les choses et pourtant je suis passé parce que t'es entrain de passé. Et tu peux pas savoir comment j'ai peur que tu ailles plus loin toi.
Et que personne ne s'inquiète. Parce que personne ne s'inquiète de ce genre de choses ici.
Y'a que des connards qui se fient à l'apparence.
Si pour eux t'as l'air d'aller mieux (parce qu'un signe superficiel leur apparaît), alors ils ne cherchent pas plus loin, tu vas mieux.

Et je sais pas quoi faire. Je ne sais pas comment faire pour te faire prendre du recule. Pour te faire comprendre que ce n'est pas sain.

Et je ne sais pas comment faire pour te faire comprendre qu'il faut que tu prenne soin de toi. Et que t'as de la valeur putain.
Je ne sais pas comment faire pour te faire comprendre que tu ne dois vivre que pour toi. Qu'il faut que t'ailles vers cette voie là, l'amour de soi.

Et que non on ne sen fou pas. Et encore moins toi.
Parce que c'est ta vie, ta santé, ton corps. C'est toi..
 

Sequoia

Vagabond(e)
Inscrit
9/1/20
Messages
3
Réactions
2
Je le savais pourtant. Berk, que je me déteste parfois.

Si rien n'est présent , tout glisse sous un voile d'incertitude. Cette évasion des souvenirs passés m'embarque sur une angoisse hasardeuse, mouvante et instable. Est-ce un voyage illusoire ? En réalité, à cet instant présent suis-je vraiment là où je le pense ? Et plus tard, m'imaginerai-je avoir été ailleurs encore ? Les vagues de souvenirs ne cessent de former le nid de ma peur.
J'ai ce sentiment flottant et surréel, que je ne suis pas là, et que je ne l'ai jamais vraiment été. J'ai peur que tout ça me glisse des mains avant d'avoir pu savoir si c'était vrai.
 

Lune35

Éclaireuse
🏴‍☠️Pirate
🛡️Thanos
Inscrit
27/5/19
Messages
492
Réactions
745
Le décompte jusqu'à ce que tu arrives 🙂
 

Errailleurs

Initié(e)
Inscrit
10/2/19
Messages
320
Réactions
210
Mais j'aime que t'apprivoise ta solitude. Que tu profite de ces moments seule pour profiter de la nature. Que tu la ressente.

Je me demande si on ne se tourne pas tous vers la nature, lorsque ça va mal.

Mais en vrai, ça rejoint l'idée que je me fais de la solitude, qui peut être bonne, connecté.e à la nature.
 
Dernière édition:

Lune35

Éclaireuse
🏴‍☠️Pirate
🛡️Thanos
Inscrit
27/5/19
Messages
492
Réactions
745
187997780.jpg
Oui, c'est destiné à toi, A.
 

Ruined Soul

Xéna la guerrière
🛡️Thanos
Inscrit
24/1/19
Messages
488
Réactions
183
Tu m'a rejetée, tu a été méchant avec moi pour ensuite vouloir m'aider... C'est un peu bizarre mais j'accepte car je ne suis pas très rancunière et je n'aime pas les disputes. Mais je ne t'ai pas tout dit... Je veux mourir à cause de tout ce que je t'ai raconté mais il y a aussi autre chose... C'est juste que je me sens seule... Mais pas une simple solitude non. J'ai l'impression que si je partais personne n'en aurait quelque chose a faire. Personne n'essaieraie de me faire revenir. Ça t'es déjà arrivé de ne pas te sentir exister ? D'avoir vraiment l'impression de repousser tout le monde et de te demander pourquoi ? De voir les gens autour de toi se soutenir, s'aimer et toi rien ? Ça t'es déjà arrivé d'avoir des moments où tu as pleuré et que personne n'a essayé de faire quelque chose, les gens ne te regardaient même pas ? Parce que moi tout ça ça m'est arrivé et ça m'arrive encore... Et c'est horrible...
 

Lune35

Éclaireuse
🏴‍☠️Pirate
🛡️Thanos
Inscrit
27/5/19
Messages
492
Réactions
745
Je suis désolée que tu ne puisses pas partir avec nois, finalement
Mais comme dit M. " La santé avant tout ! "
Mais ça doit être dur pour toi ...
Cet épisode me fait repenser à ce qui s'était passé en CM2
 

Errailleurs

Initié(e)
Inscrit
10/2/19
Messages
320
Réactions
210
Je ne sais pas comment te faire comprendre.. Je me répète et me répète sans que ça n'ait d'impact sur la vision des choses. Tu es comme bloquée dans ta position. Tu veux qu'une seule chose, que tu n'auras pas. Ce n'est même pas de l'espoir, c'est du déni. Tu refuse que ça puisse être autrement, alors tu t'entête. Tu te fais du mal.. Tu ne veux même pas voir le problème plus profond.. Tu ne veux pas le voir. Je te le fais remarquer mais tu ne veux pas y remédier. Tu ne veux pas avancer, tu veux revenir à avant. Sauf qu'avant n'est plus..
Tu te fais du mal, et tu t'en fiche.. Tu ne veux pas aller mieux.. Tu ne veux pas de ton bien-être.. Tu veux moi.. Mais ton bien-être ne peut pas passer par moi. Il ne doit pas passer par moi. Il doit passer par toi. Et personne d'autre.

Et je ne t'insulterai pas non. Et personne ne devrait t'insulter non, surtout pas toi.
Ca me rend tellement triste que tu penses ça..
 

Bloody Mary

Grand(e) sage
Inscrit
6/6/14
Messages
920
Réactions
88
C’est par leur lâcheté que les hommes peuvent s’évertuer à vivre, qu’ils peuvent être si opiniâtres à ne pas mourir. Pourquoi ne sont-ils pas ainsi, ceux qui quand ils allument la première flamme à leurs pieds ne se jettent pas dans l’eau de la rivière ? Pourquoi ne sont-ils pas ainsi, ceux qui posent des bombes, ceux qui ne se protègent pas des mots qui les détruisent, ceux qui gardent un coeur fidèle ? Et est-ce seulement souhaitable de ne pas l’être, n’est-ce que de la naïveté, un manque de réflexion et un culte de l’extrême propre à la jeunesse ? Ainsi décatis et protégés par le confort immuable de leurs jours, l’armée des vieux professeurs en rient. Les gestes de désespérés ou de fous, qui seront oubliés. Mieux vaut durer, durer comme une masse minérale, comme une bougie qui ne se consume pas, comme un feu qui brûle avec régularité sans s’éteindre brusquement. Notre identité ne disparaît-elle pas par cet enfilement de concessions, cette succession de déceptions acceptées ?
C’est sûrement une habitude fréquente dans les amours humaines, que de jurer qu’on ne peut pas vivre sans l’autre, qu’on ne peut l’oublier, avant de s’habituer à vivre sans lui, et de l’oublier. La blague est un peu trop grosse, le cycle un peu trop répétitif pour ne pas finir par s’y attendre, non ? Loin de moi l’idée que ce reproche vienne du dommage d’amour propre que tu m’aurais causé en acceptant de te passer de moi. Non, je ne l’observe que comme une règle tacite et pourtant universelle, qui n’appartient déjà plus à mon expérience purement personnelle. C’est ainsi que nous pouvons continuer, comme nous porte le courant, sans n’être plus cramponnés à nos promesses passées ou à nos certitudes d’alors. Est-ce si étrange que de conserver au fond de soi l’écho des mots que nous prononçons à nouveau, formulés dans un hier encore vivant à un autre visage ? Comme si l’ombre de l’autre renaissait quand on réemploie ces quelques termes, comme si l’on prenait soin de ne pas user des mêmes pour ne pas faire réapparaître son fantôme ? Pour les autres pourtant, chaque promesse d’absolue est la première, tout le passé s’en va dans le vent au lieu d’éroder ces mots qu’on redit.
C’est ainsi que nous pouvons continuer, avec seulement un fond d’amertume à l’idée de nos idéaux passés. Peu importe au fond si la lutte n’a pas lieu, nous lui survivrons. Notre pulsion de vie, source de lâcheté, est insatiable. C’est elle qui nous pousse à ouvrir le rideau des autres jours même sans essayer de leur trouver une cohérence. L’existence des choses, avant leur essence, avant ce qu’elles signifient. Tant qu’elles demeurent, le calme est préservé, l’accord tacite respecté, et tant pis pour l’absurde. Que n’est-ce sinon la lâcheté qui fait à l’homme accepter la compromission, la lente réduction de ses désirs, la perte d’espoirs de son lendemain. Son idéal lui-même tâché de sa lâcheté, vague papier qu’on brandit, vague affiche que l’on colle. Les maîtres de ses combats réduits en une collection de livres sur l’étagère d’un salon de province, et encore. Car au fond toi tu le sais, qu’il n’y aura pas de livre narrant nos rêves que dans cent ans un bouquiniste vendra. Le désir de vie est impitoyable, il jette les promesses s’il faut, pour rester oblique. Cela est donc l’histoire de milliers d’absolus, de parfaits, de révolutions presque réelles tant elles ont été dans l’esprit ressassées, qui ne survivent à rien, que chaque décennie engloutit. Nos idéaux ne perdurent pas au-delà de notre mort physique, ils meurent avant, chaque jour et chaque année. Et qui de plus lâche que celui qui prétend vouloir les voir perdurer mais les enterre lui-même ? Qui de plus lâche que celui qui exprime leur règne mais qui par une vague injonction, s’épouvante de ne pas voir l’absurde reprendre le dessus ? Comme une incohérente règle que celui qui méprise les règles a intériorisée. Il ne faut pas faire de ses souvenirs un linceul. Un impératif de mollesse.
Imagine donc ma stupeur, à constater chaque jour l’entêtement désincarné et passif de ceux qui sont presque certains désormais que leur vie ne sera que contingence, mais ne semblent pas s’en émouvoir. Continuent-ils à espérer, d’un songe qu’ils savent lâche ? Ou n’espèrent-ils plus ? Et enfin, cruciale question finale : lequel des deux est le plus signe de lâcheté ? Il me semble voir ton corps se couvrir de poussière et le sang se retirer de tes yeux quand tu me dis « peu importe », toi qui fait face à des amours décevantes et ne s’attend peut-être pas à en trouver de plus vraies plus tard. C’est ainsi que toutes les ombres des figures idéalistes de mon passé se faufilent, mesquines, à travers les années. Pourquoi, nul ne le sait et sûrement pas elles-mêmes. Plus besoin de pourquoi. On ne prend plus notre vie comme un conte moral, mais comme un enchaînement de jours et de nuits. Tant pis si chaque matin les rêves viennent se briser sur la grève. Nous sommes une génération de lâches et de raisonnables, bien loin de ceux que nous disions admirer et bien plus près de ceux que nous décrions. Car où est-il dans tout cela, le sacrifice de celui qui préfère souffrir plutôt que de voir qu’on lui impose par sa complicité quelque chose qui n’est pas juste ? Il se tait au profit de théories et de longues justifications qu’on ferait passer pour philosophiques. Il construit le règne de l’immobilisme et le solidifie chaque jour de nouveaux arguments. Ou ne prend même plus la peine d’en trouver, sans qu’on sache à quel point il reste conscient de sa propre passivité. Je sais que ça ne vous fait pas pleurer, je sais que ça ne vous empêche pas de dormir la nuit. Peut-être mesure-t-on le niveau de lâcheté d’un homme à sa capacité à être raisonnable. Et peut-on reprocher, au fond, à l’humain de faire passer avant le reste la garantie de sa survie individuelle ? De préférer les certitudes et les contingences de son existence à l’idée d’influer sur la marche de l’histoire ? De refuser de faire un acte peut-être pour rien, sans même savoir ce qu’il va donner. De jeter son confort pour des hasards de foule. Il est vrai qu’il est bien plus sûr d’épouser la voie rationnelle consistant à faire grandir une plante qui ne donne pas de fleurs. L’homme raisonnable arrive à être heureux en aimant à moitié, en croyant à moitié, stoïcien, mais en devenant vieux. Amorphe, amor fati. Quand on ne fait rien de sa colère elle aussi elle pourrit. Peut-on le lui reprocher, d’être un tel magicien de l’oubli ? L’humain n’est probablement pas fait pour se consumer, être écartelé, écorché, mais pour durer. Il ne garde pas son seul amour intact et ne l’attend pas à travers les saisons, son souvenir dans la poche comme seule récompense. Les saisons le défigurent et le salissent, et est-ce si regrettable ? Le cœur se retrouve léger, débarrassé de la lourdeur de ses promesses comme une ancre dans la réalité, libre. Libre, lâche.

Mon cher maître à penser, tu m’auras montré quelle est la plus précieuse des armes pour vivre. A travers toi j’ai fait l’apprentissage de la vie, qui est donc celui de la lâcheté. Voici donc la dernière de tes leçons, ta valeur qui de toutes les autres triomphe, celle qui sert à durer.

« Tu vois, je ne pensais pas pouvoir guérir.
Mais l’homme est docile, il s’adapte à tout.
Il se ment et se renie avec une facilité dérisoire. Il ne connaît pas les limites de sa volonté de vivre, de son égocentrisme.
Les individus passent leur temps à s’inventer, à se définir, à se proclamer, mais rien du bel édifice qui ne soit modifiable, avec toujours des excuses, des prétextes en stock. »
 
Dernière édition:

Sujets sponsorisés - Pub

Activité récente 🌱

Haut