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Partagez vos poèmes, textes littéraires favoris!

Nihilist

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Bonjour,

Je propose de partager ici des textes, des extraits, des poèmes que vous appréciez, que vous avez particulièrement aimé, et si vous le souhaitez de nous expliquer votre affinité pour le texte proposé.
Je commence donc, avec ce long et merveilleux poème de Louis Aragon, qui par son thème et sa vérité, vaut le détour :


C’est une chose étrange à la fin que le monde
Un jour je m’en irai sans en avoir tout dit
Ces moments de bonheur ces midi d’incendie
La nuit immense et noire aux déchirures blondes

Rien n’est si précieux peut-être qu’on le croit
D’autres viennent
Ils ont le cœur que j’ai moi-même
Ils savent toucher l’herbe et dire je vous aime
Et rêver dans le soir où s’éteignent des voix

D’autres qui referont comme moi le voyage
D’autres qui souriront d’un enfant rencontré
Qui se retourneront pour leur nom murmuré
D’autres qui lèveront les yeux vers les nuages

Il y aura toujours un couple frémissant
Pour qui ce matin-là sera l’aube première
Il y aura toujours l’eau le vent la lumière
Rien ne passe après tout si ce n’est le passant

C’est une chose au fond que je ne puis comprendre
Cette peur de mourir que les gens ont en eux
Comme si ce n’était pas assez merveilleux
Que le ciel un moment nous ait paru si tendre

Oui je sais cela peut sembler court un moment
Nous sommes ainsi faits que la joie et la peine
Fuient comme un vin menteur de la coupe trop pleine
Et la mer à nos soifs n’est qu’un commencement

Mais pourtant malgré tout malgré les temps farouches
Le sac lourd à l’échiné et le cœur dévasté
Cet impossible choix d’être et d’avoir été
Et la douleur qui laisse une ride à la bouche

Malgré la guerre et l’injustice et l’insomnie
Où l’on porte rongeant votre cœur ce renard
L’amertume et
Dieu sait si je l’ai pour ma part
Porté comme un enfant volé toute ma vie

Malgré la méchanceté des gens et les rires
Quand on trébuche et les monstrueuses raisons
Qu’on vous oppose pour vous faire une prison
De ce qu’on aime et de ce qu’on croit un martyre

Malgré les jours maudits qui sont des puits sans fond
Malgré ces nuits sans fin à regarder la haine
Malgré les ennemis les compagnons de chaînes
Mon Dieu mon
Dieu qui ne savent pas ce qu’ils font

Malgré l’âge et lorsque soudain le cœur vous flanche
L’entourage prêt à tout croire à donner tort
Indifférent à cette chose qui vous mord
Simple histoire de prendre sur vous sa revanche

La cruauté générale et les saloperies
Qu’on vous jette on ne sait trop qui faisant école
Malgré ce qu’on a pensé souffert les idées folles
Sans pouvoir soulager d’une injure ou d’un cri

Cet enfer
Malgré tout cauchemars et blessures
Les séparations les deuils les camouflets
Et tout ce qu’on voulait pourtant ce qu’on voulait
De toute sa croyance imbécile à l’azur

Malgré tout je vous dis que cette vie fut telle
Qu’à qui voudra m’entendre à qui je parle ici
N’ayant plus sur la lèvre un seul mot que merci
Je dirai malgré tout que cette vie fut belle

Hâte de lire vos pépites.
Nihil
 

rêveuse nocturne

La lune à 3h du mat'
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Super-héro
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A moi !

Confessions Publiques
(Loto Critique)
Nous avons tout mélangé
c’est un fait

Nous avons profité du jour de la Pentecôte pour accrocher les
œufs de Pâques de la Saint-Barthélémy dans l’arbre de Noël du
Quatorze Juillet

Cela a fait mauvais effet
Les œufs étaient trop rouges
La colombe s’est sauvée
Nous avons tout mélangé
c’est un fait

Les jours avec les années les désirs avec les regrets et le lait avec le café
Dans le mois de Marie parait-il le plus beau nous avons placé le
Vendredi treize et le Grand Dimanche des Chameaux
le jour de la mort de Louis XVI l’Année terrible l’Heure du berger et cinq minutes d’arrêt buffet.

Et nous avons ajouté sans rime ni raison sans ruines ni maisons sans usines et sans prisons
la grande semaine des quarante heures et celle des quatre jeudis

Et une minute de vacarme
s’il vous plaît

Une minute de cris de joie de chansons de rires et de bruits et de longues nuits
pour dormir en hiver avec des heures supplémentaires pour rêver qu’on est
en été et de longs jours pour faire l’amour et des rivières pour nous baigner
de grands soleils pour nous sécher

Nous avons perdu notre temps
c’est un fait
mais c’était un si mauvais temps

Nous avons avancé la pendule
nous avons arraché les feuilles mortes du calendrier
Mais nous n’avons pas sonné aux portes

C’est un fait
Nous avons seulement glissé sur la rampe de l’escalier
Nous avons parlé de jardins suspendus
vous en étiez déjà aux forteresses volantes
et vous allez plus vite pour raser une ville que le petit barbier pour raser son village un dimanche matin
Ruines en vingt-quatre heures
le teinturier lui-même en meurt

Comment voulez-vous qu’on prenne le deuil.

Jacques Prévert

Déjeuner du matin

Il a mis le café
Dans la tasse
Il a mis le lait
Dans la tasse de café
Il a mis le sucre
Dans le café au lait
Avec la petite cuillère
Il a tourné
Il a bu le café au lait
Et il a reposé la tasse
Sans me parler
Il a allumé
Une cigarette
Il a fait des ronds
Avec la fumée
Il a mis les cendres
Dans le cendrier
Sans me parler
Sans me regarder
Il s’est levé
Il a mis
Son chapeau sur sa tête
Il a mis son manteau de pluie
Parce qu’il pleuvait
Et il est parti
Sous la pluie
Sans une parole
Sans me regarder
Et moi j’ai pris
Ma tête dans ma main
Et j’ai pleuré

Jacques Prévert
 

Pas grand chose

Vagabond(e)
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Oh Aragon ♡ !! Vraiment magnifique !

Eum j'ai trois poèmes qui me viennent en tête ;
* Tristan Corbière
Steam boat
* Aragon
Romance du temps qu'il fait
*Michaux
Le Clown
 
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